À propos
Pourquoi j'ai fait Oktet
Je m'appelle Damien Rosset, né en 1992. J'ai fait Oktet parce qu'à 15 ans, on m'a dit que l'informatique, c'était pas pour moi. Voilà comment ça s'est passé.
Damien Rosset · 14.09.2026 · LinkedIn
Où tu en étais, à 15 ans ?
Je voulais bosser avec un ordi. Mais j'étais en VSO, la voie du bas à l'école vaudoise de l'époque. Et on m'a toujours dit : pour faire de l'informatique, il faut au minimum la VSB (la voie du haut, celle qui mène au gymnase), être bon à l'école, avoir un gros niveau de maths. Je l'ai cru. Donc j'ai pas pris ce chemin.
J'ai commencé un apprentissage de mécanicien agricole, pour reprendre un jour le domaine de mon beau-père. Je me disais : là, pas besoin d'être bon à l'école, c'est de la mécanique, c'est pas compliqué. Sauf que quand on est mal orienté, tout est compliqué. J'ai pas pu finir : j'avais de gros problèmes de vision, ça passait pas pour les cours interentreprises (la partie pratique de l'apprentissage, en atelier).
Là je savais plus quoi faire. J'étais très mauvais à l'école, j'avais pas écouté. Alors j'ai regardé quel apprentissage payait le mieux, parce que je voulais m'acheter un ordi plus puissant. J'ai commencé maçon. Un an après, en 2009, grave accident de voiture. Longue réadaptation, rééducation. Et c'est l'assurance invalidité qui m'a réinséré : des tests, des pseudo-tests de compétences, et ils m'ont casé dans une AFP d'informaticien (une formation de deux ans, un cran en dessous du CFC, le diplôme d'apprentissage). On était les tout premiers. Trop de théorie, pas assez de pratique. Je suis pas allé au bout. J'ai fait des bêtises, j'ai menti, j'ai mal répondu, ils ont arrêté la mesure, c'est-à-dire ma réinsertion. C'était normal.
Et l'informatique, alors ?
Après, j'ai trouvé un stage à la Fondation Mode d'Emploi à Lausanne, spécialisée Mac. Un stage à la Ville de Lausanne. Un peu de rollout chez Swisscom, comme technicien (installer et remplacer des postes de travail).
Et un jour je vois une offre de stage à Cheseaux-sur-Lausanne, à 300 mètres de chez moi. C'était senseFly, leader mondial du drone à voilure fixe (des drones en forme d'avion). À l'entretien, j'ai dit ce que je savais faire. J'étais débutant, mais j'étais disponible, et j'habitais à côté. Stage de six mois, mai 2015.
J'ai eu une chance énorme. Clément Thumerelle, l'IT Manager, c'était pas juste un chef, c'était un leader. Il m'a fait confiance tout de suite. Il m'a laissé toucher à tout, tester moi-même. J'avais les clés d'un peu tout. Des fois j'ai fait des conneries, genre supprimer des machines virtuelles en production (des serveurs qui tournaient pour de vrai, avec des gens dessus). Mais cette confiance, la sienne, celle de Roxanne Ayotte, la directrice des finances, de Rachel Roethlisberger aux RH, de Damien Gentilhomme, CFO chez senseFly puis AgEagle, et de tous les collègues, c'est ça qui a tout changé. Après six mois de stage, contrat fixe comme technicien IT. Fin 2018, Clément part, et c'est moi qui reprends ses responsabilités, comme IT Coordinator (le responsable de l'informatique). Fin 2019, je deviens responsable système et sécurité de senseFly. Début 2022, je choisis de partir, pour aller voir ailleurs et me confronter à d'autres environnements. Pas parce que ça n'allait pas : senseFly, c'est sept ans qui m'ont construit, des rencontres qui comptent encore, et une équipe que je remercie. Merci aussi à la direction et aux fondateurs de senseFly, JCZ, Antoine et Cyril, de m'avoir aidé.
Sans CFC, sans rien de tout ça, je suis allé loin. Des postes de direction, des équipes, des stagiaires que j'ai formés à mon tour. Ensuite des sociétés de services informatiques, puis de nouveau en interne, dans une seule entreprise à la fois : l'impression, l'ultra-luxe, la joaillerie. Tout ça, je l'ai construit tous les jours, toutes les heures, par passion. Je travaille plus, je vis d'une passion. L'informatique, pour moi, c'est pas un travail.
Qu'est-ce qui t'a décidé à faire Oktet ?
J'ai dû faire pas mal de choses tout seul. Et il y a pas longtemps, quelqu'un m'appelle pour un jeune qui vient de finir l'école. Sa conseillère d'orientation lui a dit que l'allemand était obligatoire pour faire de l'informatique en Suisse. C'est faux. En Suisse alémanique, oui, ça aide. Mais l'anglais est bien plus important. Si on veut que les jeunes aillent où ils veulent, il faut les informer correctement. C'est ça que je veux montrer.
Oktet, en une phrase ?
Oktet, parce qu'un métier qu'on aime, ça ressemble pas à du travail.
Et ce qu'Oktet ne fera jamais ?
Te dire ce que tu es. On garantit pas d'avoir raison sur tout, et on prétend pas savoir mieux que toi. Ici tu trouves de quoi essayer, comparer, te faire une idée. Jamais un verdict du genre « tu es fait pour ce métier ».
Pourquoi c'est gratuit ?
Parce qu'à 15 ans, personne m'a donné cette information-là : ce que sont vraiment les métiers de l'informatique, et comment on y arrive. Et aujourd'hui encore, il y en a qui sont mal guidés, et qui finissent dans un métier qui leur plaît pas.
Et parce que je veux pas que ça dépende de qui peut payer. C'est pas mon intérêt. Gratuit, ça veut dire que tout le monde a la même information. Pas de différence entre les jeunes.
Et pourquoi à ton nom ?
Parce que plein de gens ont jamais cru en moi. Mes profs les premiers : « Tu seras un raté. » « Tu seras éboueur. » « Tu feras rien. » Alors oui, Oktet, c'est à mon nom.
Et parce que je suis fier de ma réussite et de mon parcours. Je veux montrer à ceux qui m'ont pas soutenu que j'y suis arrivé.
Et parce qu'avec mon nom dessus, c'est pas une promesse, c'est un exemple. J'étais pas dans la bonne branche, j'étais pas bon à l'école. J'ai aimé, j'ai voulu, j'y suis arrivé. Ça vaut pour toi aussi.
Pourquoi faire essayer, plutôt que lire ?
Parce que moi j'ai appris en faisant, pas en lisant. J'ai appris en supprimant un serveur virtuel qui a coûté une journée de boulot. J'ai transpiré. Pourtant j'avais lu sur Internet comment faire. Apparemment, lire, ça suffit pas.
Au jeune qui pense qu'il a pas le niveau ?
Les notes veulent rien dire. Moi j'étais nul. J'ai eu mon certificat VSO en 2007, à la raclette (de justesse). Sauf que j'étais pas nul du tout : l'école m'intéressait pas, c'est tout. Je voulais rentrer à la maison bidouiller ma Xbox 360 avec mon PC, pas écouter des cours. On est pas nul, on est juste pas attiré, donc pas attentif. Si le sujet t'intéresse, c'est facile. La passion et l'envie, ça fait apprendre tout ce qu'on veut.
Aux parents, aux profs ?
Oktet est là pour les jeunes que l'informatique attire. Pour qu'ils s'informent avec des ressources qui viennent de pros, de gens du métier, d'entreprises, sur la réalité de l'informatique en Suisse. Les parcours d'accès sont vérifiés sur les sources officielles. Les fiches métiers sont relues par des gens du terrain, et quand une fiche l'est pas encore, c'est écrit dessus.
On est pas une plateforme éducative. On veut aiguiller. Faire que les jeunes qui sont intéressés mais à qui il manque des ressources en aient enfin.
Ce que j'attends des profs et des conseillers : qu'ils envoient ces jeunes ici. Pas qu'ils les laissent de côté, pas qu'ils les trient.
Dans un an ?
Que chaque jeune de Romandie qui hésite connaisse Oktet. Et qu'on ait trouvé des partenaires, des pros, des écoles, des entreprises, pour construire la suite : le passeport IT.
L'idée est simple. Aujourd'hui, Oktet te fait découvrir les métiers et les essayer. Demain, tu pourras aussi te tester pour de vrai : des exercices par domaine, en ligne, gratuits, qui mesurent ce que tu sais faire, pas ce que tu as comme notes. À la fin, tu as un bilan : tes points forts, les domaines où tu avances le plus, ce qu'il te reste à apprendre. Et ce bilan devient ton passeport IT, un document à ton nom, avec un numéro, qu'un patron peut vérifier sur Oktet en dix secondes.
Pourquoi c'est important : parce qu'aujourd'hui, un jeune qui a des notes moyennes et qui sait déjà monter un serveur chez lui, personne le voit. Son dossier, c'est son bulletin. Avec le passeport, il peut aller voir un patron et lui dire : « OK, l'école c'était pas mon truc. Mon truc, c'est le helpdesk, le support informatique. Regardez mon bilan Oktet, le helpdesk sort en tête. Je veux apprendre chez vous. » Et le patron peut vérifier que c'est vrai.
Pour que ça marche, il faut que les exercices soient faits avec des gens du métier et des entreprises qui recrutent des apprentis, sinon un bilan Oktet vaut rien à leurs yeux. C'est pour ça qu'on cherche des partenaires. Le passeport restera gratuit pour le jeune, comme tout le reste.
Ça, c'est pas encore là. C'est ce qu'on veut. Si tu es un pro de l'informatique, une école ou une entreprise et que tu veux construire ça avec nous, écris-nous.
Une chose qu'on aurait dû te dire à 15 ans ?
J'aurais aimé que ma conseillère d'orientation me dise : « OK, tu veux faire de l'informatique ? Va sur Oktet, fais le bilan, on regarde ce que tu sais faire, et on t'aide. »
Merci
À celles et ceux qui m'ont fait confiance quand rien sur le papier ne le justifiait :
- Clément Thumerelle, IT Manager (responsable informatique), senseFly
- Roxanne Ayotte, CFO (directrice financière), senseFly
- Rachel Roethlisberger, Head of HR (responsable des ressources humaines), senseFly
- Damien Gentilhomme, CFO (directeur financier), senseFly / AgEagle